Entretiens

Entretiens en l’année 2000

Après plusieurs années passées à sillonner avec succès la plupart des circuits de XC de la planète, Laurence Leboucher a décidé en 2001 de monter sa propre structure. Une remise à zéro des compteurs pour la championne du monde 1998 qui veut désormais concentrer ses efforts sur le territoire européen.

    PAR CHRIS CAPRIN

 

    VTT Magazine : Laurence, tout d'abord, comment se présente la saison 2001 pour toi ?
    Laurence Leboucher : Pas mal du tout en fait! Cette année, je vais me concentrer exclusivement sur les épreuves européennes de coupe du monde et sur la nouvelle coupe d'Europe. Je disputerai aussi les coupes de France et les championnats de France, d'Europe et du monde. C'est déjà pas mal comme programme et puis ça évite les longs voyages qui, à la longue, sont assez fatigants pour l'organisme. Je pense que quinze courses importantes dans l'année, c'est largement suffisant si l'on ne veut pas se cramer ! Mes blessures successives ces dernières saisons m'ont appris qu'il n'était pas forcément bon d'en faire trop et que l'essentiel était de se préparer convenablement pour les courses importantes. Le repos, la fraîcheur et l'envie de rouler, ça compte aussi beaucoup. En plus, je fonde beaucoup d'espoirs sur cette nouvelle coupe d'Europe. Elle pourrait permettre à de nouveaux teams de voir le jour étant donné qu'aujourd'hui, les meilleurs coureurs viennent quasiment tous du vieux continent... Si les médias et surtout la télé daignaient s'y intéresser, ça serait bon pour le VTT !

    Pourquoi avoir décidé de créer ta propre structure ?
    Bah, c'est la conjoncture comme on dit (rires). Disons que cette année, ce sera une petite structure car je me suis décidée un peu tard pour la monter... Nous commençons donc en bas de l'échelle, mais s'il y a une bonne médiatisation de la coupe d'Europe, le Team Leboucher MTB 72 pourrait éventuellement grossir en 2002. Je vais rouler sur des vélos Commençal et comme je pense que Max et moi sommes des personnes de défi, ça devrait bien coller entre nous... C'est un nouveau challenge

    Mais rassure-moi, tu ne vas pas quitter Commençal avant la première course ?
    Ah ça non alors ! Je suis une personne de parole quand je m'engage avec quelqu'un Quinze courses dans l'année, je m'y tiens... C'est une question de respect.

    En plus, j'ai de nombreux partenaires comme m'est largement suffisant :  Shimano, RockShox, La Biscuiterie de l'Abbaye, le conseil général de La Sarthe,. Anaïs, OF3, Italia, Giro, Michelin ou Glinche Automobiles qui me suivent et j'ai investi dans un Peugeot Expert rallongé pour me rendre sur les courses. Alors tu vois, c'est du sérieux. Après plusieurs saisons chez MBK, Peugeot puis GT où tu n'avais qu'à t'entraîner et courir, ça doit te changer, non ? Pas vraiment en fait, vu que j'ai toujours eu l'habitude de beaucoup communiquer au sein des écuries dans lesquelles j'étais engagée. Avec La Poste, par exemple, on était énormément sollicités pour aller dans les écoles, et chez GT, on visitait souvent les magasins du réseau, donc pour répondre à ta question, non, ça ne me change pas beaucoup car je ne me suis jamais contentée de rouler et de m'entraîner sans m'occuper du reste... En ce qui me concerne, quels que soient mes résultats, j'ai toujours essayé de renvoyer l'ascenseur !

    Avec le recul, as-tu déjà eu l'impression d'être passée à côté de quelque chose en favorisant plus ta carrière que ta vie privée ?
    Pas en ce moment en tout cas ! Avec le choix que j'ai fait pour 2001, je ne partirai jamais trop longtemps de chez moi et mon copain pourra également se rendre sur les courses plus souvent. II va ainsi découvrir tranquillement le milieu en donnant quelques coups de main au Team.

    Au fond, tu ne regrettes rien...
    Non, et puis je pense que lorsque tu as la chance de décrocher des titres aussi prestigieux que ceux de champion de France, champion d'Europe et champion du monde, tu n'as vraiment pas à te plaindre et il n'y a pas grandchose à regretter !

    Enfin, combien de temps pensestu encore courir et astu déjà songé à ta reconversion ?
    Je compte bien aller jusqu'aux Jeux olympiques de 2004 à Athènes où j'aurai, je pense, encore de bonnes chances d'être sélectionnée... Et puis après, les bases de mon avenir professionnel sont assurées étant donné que j'ai un CDI avec La Poste qui s'est engagée à me proposer un travail lorsque je mettrai un terme à ma carrière. Avec ça, j'ai l'esprit plus libre, ce qui n'empêche pas d'étudier éventuellement d'autres propositions venant du milieu sportif... Mais je n'en suis pas là !

mai 09 VTT MAG

La compétition est un formidable terrain de test pour les constructeurs, en même temps qu'une vitrine luxueuse pour les amateurs de belles montures. La pratique intensive permet de faire le tri entre le fonctionnel et le superflu, le bijou de vitrine et l'outil de terrain. Passionnés de beau matos, ouvrez l'oeil, car voici les VTT de CrossCountry les plus rapides de l'Hexagone !

    Le rôle du pilote de team est avant tout de promouvoir le matériel qu'il utilise. Donc, inutile d'insister, un bon pro ne vous dira jamais que sa monture est une trapanelle. Au contraire, il jurera sur ce qu'il a de plus cher (son contrat, peutêtre... ) que son vélo est le meilleur du plateau. Mais ce n'est pas parce qu'un pilote marche fort que son équipement est celui qu'il vous faut. Rien ne vous oblige, en effet, à rouler avec une selle pour masochiste, des pneus slicks et le cintre (45 cm de large) monté en direct sur le té de fourche...

    Du top ou de l'éprouvé

    Si le pilote pro sert de cobaye en matière d'équipement, son rôle est surtout de gagner. Et bien évidemment, la marque sponsor ne l'équipera pas d'une charrette. Le VTT choisi est toujours un fleuron de la gamme, doté de la technologie

    à la mode, qui fait bien dans le catalogue... Entre marketing et utilité terrain, le coeur balance ! Côté accessoires, le casting est tout aussi prestigieux : les composants de notoriété sont issus de marques qui sont liées par un contrat de partenariat avec le team.

    Du développement à la série

    Les professionnels testent ainsi les technologies de demain, petites innovations et grosses révolutions cachées, que les pilotes les plus performants mettent à l'épreuve du terrain. Les produits qui arriveront en magasin auront donc subi une batterie de tests drastiques. Dans le processus de production industrielle, le composant gagne souvent en fiabilité ce qu'il perd en légèreté. Le pilote, moins en vue, dispose de matos de série qu'il va essoré jusqu'à ce que rupture s'en suive. À vous d'ouvrir l'oeil pour repérer les accessoires les moins fiables ou les moins convaincants (les plus changés, logiquement).

    Aux petits oignons

    Quand on court tous les weekends, on n'a pas envie de s'em ....er avec un spad récalcitrant, capable de vous planter sur un coup de tête à miparcours. Forcément, on fait des efforts de préparation pour que l'outil soit fiable. En matière de trucs et d'astuces, le pilote pro ne craint personne. N'allez pas croire qu'il ait une propension naturelle à jouer du tournevis (ce n'est souvent pas le cas), mais il bénéficie, dans le domaine du savoirfaire, d'un mécano qui partage son expérience et son art avec ses collègues des paddocks. Ici, il y a des trucs à apprendre... Si avec tout ça vous ne trouvez pas l'inspiration pour bichonner votre monture, c'est que votre neurone du bricolage a du mou dans l'aile...

Laurence Leboucher née le 22/02/72,1,61 m, habite Saint-Léonard-des-Bois (72)... Palmarès énorme: championne du Monde 98, championne de France 2000... e Cadre VIP aluminium Superlight. Taille: 40 cm.

     Fourche Rock Shox SID SL. Débat.: 63 mm.
     Dérailleurs AV/AR Shimano XTR.
     leu de direction Race Face Team SL.
     Potence/Cintre Race Face System/ Race Face XC alu.
     Freins Shimano XTR.
     Commandes Shimano XTR.
     Pédalier Shimano XTR.
     Roue libre XTR 12/34, 9 V.
     Moyeux Mavic CrossMax UST.
     Jantes Mavic CrossMax UST.
     Pneus Michelin let Tubeless.
     Tige de selle Shimano XTR.
     Selle Selle Italia Flite Gel Titane.

 Pédales Auto Shimano 858. Géométrie Tube supérieur : 530 mm. Tube de selle: 400 mm. Longueur de base : 425 mm. Particularités Plateaux 22/33/42. Laurence Leboucher est son propre teammanager, son propre entraîneur et la seule et unique pilote de son team...

    Laurence Leboucher pédale plein pétrole en ce moment. Coup sur coup, elle aient de remporter une manche de Coupe d'Europe, une manche de Coupe du Monde et l'Euro de VTT ! De quoi aborder le Mondial en toute décontraction.

    En début d'année, Laurence Reboucher a choisi de ne pas disputer toutes les manches de Coupe du Monde. A la tête de son propre team, une petite structure qui ne fonctionne que pour elle, elle devait cibler ses objectifs. La création de la Coupe d'Europe ne pouvait pas mieux tomber. "Ça a de suite été un objectif, confietelle avec sa tchatche légendaire. Le programme de la Coupe du Monde était de toute façon trop lourd. D'ailleurs, les filles qui en ont disputé toutes les manches ne sont pas nombreuses. Moi, je me suis épargné les trois voyages aux Etats-Unis. Je me suis beaucoup moins dispersée. C'est pareil pour ma préparation. J'ai roulé sur route, mais pas en compétition pour m'éviter des galères en voiture. De toute façon, je me connais de mieux en mieux. Depuis deux, trois ans, je travaille avec le SRM et je peux parfaitement gérer mon entraînement. On peut dire que j'ai moins travaillé. J'ai constaté que je revenais toujours plus fort après une blessure et j'en ai tiré les enseignements. Résultat, je ne suis pas du tout saturée. Quand tu fais tout, tu finis par t'user moralement sans t'en apercevoir. Tu as moins faim. Là, malgré mes victoires, je ne suis pas rassasiée. Par contre, je me suis libérée et je peux aborder les Championnats du Monde sans pressions inutiles."

      2002 EN GUISE D'HORIZON

    A 29 ans, la Sarthoise apparaît au sommet de son art. Heureuse d'avoir décroché le titre européen, elle se réjouit surtout d'avoir devancé Margarita Fullana 15 jours plus tôt lors de la manche suisse de la Coupe du Monde à Leysin. "Les Championnats, ça reste toujours des objectifs parce que les gens comprennent facilement ce que ça signifie "Champion d'Europe", commentetelle. Une victoire en Coupe du Monde, c'est plus difficile à leur expliquer. Mais battre Fullana, ça a été une grosse surprise, même pour moi. C'est grâce à Christophe Dupouey. II était sur le bord du circuit à 1 km de l'arrivée. Il avait dû voir qu'elle n'était pas très bien. Il m'a dit "vas-y". Moi, j'avais rien à perdre. Personne ne l'avait battue cette année. En début de saison, mon objectif était de terminer au moins une fois troisième d'une Coupe du Monde. Je n'ai pas laissé passer l'occasion de gagner. Mais je ne voudrais pas vivre un final aussi tendu à l'arrivée d'un Mondial. Il faut avoir le métier de "Pepoy" pour gérer des coups comme ça. Cette victoire à Leysin, c'était grandiose. Tout le monde était là, Stropparo, Blatter, Fullana,... Personnellement, c'était plus fort que l'Euro où on s'attendait à ce que je gagne."

    En définitive, Laurence ne s'octroie qu'un point noir cette année. "Aux Championnats de France, j'étais un peu à la rue, avouetelle. Je ne m'attendais pas du tout à un parcours aussi boueux. Je suis déçue pour mes sponsors parce que la course était retransmise sur France 2 et, pour une fois, j'étais pas là." Elle aura peutêtre l'occasion de leur renvoyer la balle à l'occasion du Mondial. "Je suis dans une phase positive et c'est mieux pour préparer les objectifs, déclaretelle. Surtout, ma saison est d'ores et déjà réussie. Je peux partir aux EtatsUnis en toute décontraction. J'apprécie parce que les moments difficiles, les blessures comme l'an dernier encore, j'ai déjà donné. Heureusement, je suis assez costaud moralement. Sans ça, j'aurais peutêtre déjà arrêté ma carrière. Là, je vais aller jusqu'aux Jeux de 2004. Il y aura "bien de fait" (sic) et je pourrai passer la main."

    Avant cela, elle souhaite combler un vide important à son palmarès. "On va voir comment évolue le calendrier. S'il est plus équilibré que cette année, j'aimerais bien jouer une fois la Coupe du Monde..." Pourquoi pas dès l'an prochain ?

H.M.