VTT

    LE CROSS-COUNTRY

    UN SPORT D’ENDURANCE

Dur, Dur ! mais les descentes m’aideront maintenant.

    Avec 10 ans de licence F.F.C. et ses résultats au niveau national, Laurence n’est pas une nouvelle venue. Issue des pelotons du Tour de France et d’une famille dans laquelle le vélo est omniprésent, la jeune sarthoise a grandi entre guidon et dérailleur.

    “ Ils s’imaginent que je viens de commencer mais il ne faut pas croire, je cours depuis dix ans”, s'exclame Laurence Leboucher, à l'adresse de ceux qui la découvrent aujourd'hui, à la faveur de sa victoire anglaise. “En fait, il n'y a pas de miracle, pour arriver au top, c'est long.” Petite, menue, rien ne la distingue de n'importe quelle jeune femme de 25 ans, mais c'est lorsqu'elle parle vélo que l'on comprend. Sur le sujet, pas de périphrase, elle va droit au but, sans fards (elle ne se maquille même pas). Pire, son langage emprunte souvent des expressions en vigueur dans les pelotons qu'elle a fréquentés. Ce qu'elle perd alors en féminité, elle le gagne en efficacité. D'autant que de son enfance sarthoise, elle a gardé le bon sens des expressions de son terroir. Et comme son langage lui ressemble, on est vite convaincu d'être en présence d'un sacré brin de fille. A tel point, que même en la connaissant, on ne saura pas vraiment ce qui la motive le plus : le vélo en soi ou "la gagne". En revanche, dire d'elle qu'elle est tenace et bosseuse, c'est cumuler les pléonasmes !

    Petite., déjà...

    A 15 ans, elle demande un vélo à son père, “j'avais un petit vélo de fille, je ne pouvais rien faire avec”. Mais Papa rigole, il croit que sa fille fait un caprice passager. “Du coup, j'ai acheté mon premier Peugeot avec mon argent de poche... C'était pas le top, mais je pouvais commencer." Pendant un an, elle roule avec son père et ses copains cyclos, les déposant, au pied de chaque bosse... C'est qu'elle a des Jambes, la petite, et lorsqu'un an plus tard, elle gagne la première course régionale à laquelle elle participe, on la prend au sérieux. Impressionnante, sa vie de routarde ne sera pourtant pas vraiment un conte de fée. Championne de France, à la fin de sa première saison, “ Fifi brin d'acier ” n'en reste pas là. On la retrouve, en 89 sur le Tour et aux championnats du monde… 91, membre de l’équipe de France, elle gagne quelques courses, malgré une mononucléose et une fracture du poignet... 92, c'est l'année du Bac et elle ne fait que 15e aux mondes. Aux jeux de 92, elle doit céder sa place à Longo, niais le doute s'installe dans sa tête, “Je ne savais plus pourquoi Je prenais le départ d'une épreuve ”. En 93, grâce à un sponsor, elle dispose de deux VTT et gagne son premier Paris-Roubaix VTT. Et si on la retrouve sur le Tour de France, ce ne sera que pour mieux arrêter la route : après dix jours de course, la chute d'un arbre lui fracture trois vertèbres. Trois semaines d'immobilisation plus tard, la décision est prise, ce sera le VTT.

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    Rage et obstination

    “J'étais complètement défoncée après seulement 22 kilomètres", rigole-t-elle en se Souvenant de son premier tour de vélo, après l'accident. Il lui faudra plusieurs mois d'efforts pour retrouver un niveau digne de son ambition. “Au début de la saison 95, je me suis dit, soit je marche, soit j'arrête le vélo professionnel.” La réponse arrive à la coupe de France de Sarlat où elle gagne avec six minutes d'avance, sous les couleurs de Winora. 11e aux jeux de 96 et 7e aux mondes avec MBK, Laurence est alors aidée par La Poste. Intégrée au team féminin Peugeot, elle partage désormais son temps entre sa saison et son poste à la communication de La Poste de l'Orne. pas de rapport ? “Si, au contraire la compet donne de l'assurance pour exercer des responsabilités”, estime celle qui compare les sportifs de haut niveau à des chefs d'entreprises.

     

    C'est sans doute là aussi que Laurence puise la volonté de ne pas s'endormir. Assurée d'une "Situation", elle cherche, réfléchit et  bosse sans cesse. De la route, elle a tiré cette capacité de résistance à l'effort régulier. La tactique aussi. Celle qui lui fait observer en permanence, ses adversaires, “si tu le fais pas, tu ne sais pas quand l’autre explose donc quand tu dois faire l'effort". Elle est comme cela, Laurence, sans haine ni amitié sur le circuit, mais avec le souci constant d'être devant l'autre. C'est pour cela qu'elle a changé son fusil d'épaule, à l'orée de cette saison. Elle s'aperçoit que, première en haut des bosses, elle se fait mettre jusqu'à 7 secondes dans les descentes. La rage. Du coup, cet hiver, elle a bouffé de la technique avec Philippe Guilleron, dans les environs de Millau. “On a fait beaucoup de BMX et j'ai appris à accompagner le vélo et... à lâcher les freins." La différence ? , Maintenant, j ' arrive plus vite en bas, je suis plus fraîche, moins tendue parce que je fais moins d'erreurs. ”

    Le résultat ne s'est pas fait attendre, et Laurence est en train de nous faire un parcours presque sans faute, dans la coupe du monde. Au retour de San Francisco, (5e), Laurence avait les dents longues : les Pezzo, Sydor et autres Dahle ne lui faisaient pas peur. Vantardise ? “Non, j'ai seulement compris qu'elles étaient à ma portée.” A Silves, au Portugal, elle confirme (4e), malgré une méforme physique gênante, (J'étais collée et j'ai tout fait au moral, pour ne pas perdre de points”. A Budapest, ses concurrentes ont pu respirer, “déjà ça partait mal : on a changé de pneus à la dernière minute et je n'avais pas cramponné mes chaussures”. Elle galère, perd le contact et abandonne après trois tours et quatre arrêts débourrage. “Mais ce jour là, j'ai su que j'avais les moyens d'être devant”, se souvien-t-elle à propos d'une côte qu'elle a été la seule à gravir sur le vélo. A Saint Wendel, Laurence a pris la course en main, dès le début. “J'ai vu Pezzo et Sydor exploser et je me suis retrouvée avec Fullana qui ne semblait pas au top de sa forme.” Du coup, Laurence se retrouve seule, “vers la Fin, Dahle est rentrée et gagne”, commente encore la miss Peugeot en ajoutant, “de toutes façons, je n'ai pas tellement aimé ce circuit qui se termine par une descente”. Qu'importe, les filles n'avaient plus qu'à bien se tenir, d'autant que le parcours de Plymouth lui plaît, “J'ai beaucoup roulé dessus, à l'entraînement, il est plaisant”. Tête froide, Laurence laisse partir ses rivales, juste le temps de s'échauffer. Et puis, au pied d'une bosse, elle prend la tête, pour ne plus la lâcher. “ Je me suis dit, c'est elles ou moi qui explosent”. La suite, on la connaît, Laurence termine avec une minute d'avance. Première Française à gagner une manche de coupe du monde, Laurence a bien "fait le métier", comme elle aime à le dire.

VTT Mag (07/98)